LES SOIGNANTS AGRESSÉS ET MALTRAITÉS PAR LES MALADES ET LEURS ACCOMPAGNATEURS : TRISTE RÉALITÉ OUBLIÉE
Tribune d’expression libre de Maître Charles OMAMBO LOSEKE, Consultant-Formateur, spécialisé en droit sanitaire, jurisconsulte, écrivain et défenseur des droits des malades et des soignants.
Le soignant est un être humain doté de raison, de conscience et de sensibilité ; il tient à sa dignité, à sa réputation et à sa sécurité physique au même titre que tous les humains.
Il a choisi de consacrer son temps à acquérir des connaissances et des compétences médicales et techniques afin de les mettre au service de sa communauté, spécialement des patients.
Il reste un être humain avec des sentiments, des faiblesses et des erreurs. Il ne garantit ni la vie ni la guérison, mais doit appliquer les ressources à sa disposition pour offrir les meilleurs soins. Ce n’est pas lui qui décide du destin de ses patients. La population devrait reconnaître cette vérité difficile à accepter.
Il s’observe très fréquemment et presque partout que les patients et leurs proches affichent des réactions ou des attitudes brutales et humiliantes envers les soignants. Ceci est déplorable.
Ci-après, nous passerons en revue quelques-unes de ces brutalités décriées.
1. Très souvent, la famille ne supporte pas l’annonce du décès de leur membre. Fait compréhensible.
Le mal est de réagir avec violence en attribuant ce décès à la faute ou à la négligence du corps soignant. Certaines personnes arrivent à frapper le médecin, l’infirmière ou la sage-femme.
Parfois, elles détruisent et saccagent le matériel de l’hôpital, sans compter les actions judiciaires qui s’ensuivent.
2. L’ingratitude envers les soignants.
Malgré toute l’abnégation et le dévouement du corps soignant pour la prise en charge du patient, il ne reçoit souvent que des critiques, des insultes et du mépris du genre : « Vous n’avez rien fait ; vous soignez mal ; votre hôpital tue les gens ; tout ce qui vous intéresse, c’est l’argent ; vous avez un cœur dur et insensible. »
3. Les patients imputent leur manque de guérison au corps soignant alors qu’ils chevauchent entre les églises et les prophètes à qui ils font totalement confiance, les tradipraticiens et les conseils de la rue.
Quand les pasteurs et les tradipraticiens auront tout tenté et sucé les maigres revenus du patient et que sa situation s’aggrave, ils envoient finalement le malade à l’hôpital dans une situation très critique.
Ils ne veulent pas que les gens meurent dans leurs structures afin de préserver leur réputation et éviter des procès.
Alors, ils s’organisent pour que les malades aillent mourir à l’hôpital. Triste réalité récurrente. Et même si le malade est hospitalisé, il suit souvent les conseils de son pasteur, contraires aux instructions des soignants.
Parfois, le malade mélange discrètement les médicaments modernes et traditionnels à l’hôpital. En cas de danger pour lui, la faute est attribuée au corps soignant, jamais aux pasteurs et charlatans.
4. Certains malades n’ont aucun respect pour les soignants, croient tout connaître, leur donnent des orientations sur la manière de soigner.
Ils grondent les soignants, leur donnent des ordres et veulent être reçus en priorité, immédiatement, sans suivre l’ordre d’arrivée ou les urgences.
5. Certains hommes sont très jaloux des médecins hommes qui soignent leurs femmes. Ils soupçonnent ces derniers d’avoir des relations intimes avec leurs épouses. Parmi eux, certains sont très agressifs et menaçants.
6. Nos hôpitaux étant souvent dépourvus de médicaments et d’autres intrants, les malades doivent se les procurer à leurs frais.
Souvent, ils n’en ont pas, ou en ont trop peu. Tout ce qu’on demande manque.
Et, dans ces conditions, quand la mort survient, on s’acharne contre les soignants comme étant à la base du décès, alors que la véritable cause proviendrait du manque de moyens.
Cet échantillon montre que les malades aussi ont besoin d’être éduqués sur les attitudes et comportements à observer dans une structure sanitaire, sur leurs droits et devoirs.
On voit bien aussi que les soignants souffrent en sourdine des attaques et injures des malades et de leurs proches et ne savent pas comment réagir.
FONDACOL est justement une structure dédiée à ce rôle, entre autres, et invite les structures sanitaires et les zones de santé à y recourir pour qu’ensemble, on puisse harmoniser les rapports entre les soignants et les patients et leurs proches.
Nous suggérons à la population d’honorer le soignant et de respecter son rôle social crucial. Il est là pour nous, la population. Il a étudié et travaille pour nous.
Chacun peut recourir aux pasteurs et aux tradipraticiens selon son choix, mais devrait le faire avec sagesse, surtout pas en mélangeant les trois médecines en désordre.
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