LA MALADIE MENTALE, UNE SORCIÈRE OUBLIÉE : PLAIDOYER POUR UNE LOI SPÉCIFIQUE
Tribune d’expression libre de Me Charles Omambo Loseke, Consultant-Formateur spécialisé en droit sanitaire, jurisconsulte, écrivain, défenseur des droits des malades et des soignants.
Le 10 octobre de chaque année, le monde célèbre la cause de la santé mentale. Cette année, le thème est : « À l’écoute de l’expérience vécue : des voix authentiques pour un réel changement ». L’objectif est de placer les personnes ayant vécu des troubles de santé mentale au cœur des décisions, des politiques publiques et des services de soins.
La pratique actuelle dans le monde est d’écouter les personnes qui souffrent de maladies mentales et leur entourage afin de mieux les comprendre et de mieux les soigner. Le cerveau est l’organe qui porte la santé mentale, et pourtant on en parle trop peu.
Dans notre compréhension commune de la santé, celle-ci est purement physiologique et aucune allusion n’est faite à la santé mentale. Dans la mémoire collective, dans les politiques publiques sur la santé et dans l’enseignement des sciences de la santé, une part incongrue est réservée à la santé mentale et aux maladies mentales.
Pourtant, dans un continent qui a subi la traite négrière pendant des siècles, l’esclavage domestique pendant des millénaires, la colonisation et la domination étrangère pendant des décennies, les guerres liées aux indépendances, les coups d’État et les rébellions à répétition, les pillages et les crises électorales ainsi que les catastrophes naturelles ou anthropiques, les troubles mentaux sont très présents, et ce, massivement.
Dans une ville comme Kinshasa, les problèmes liés à l’électricité, à l’eau, aux embouteillages, à la précarité de la vie qui implique la dislocation des familles, au banditisme urbain, à l’insécurité permanente et à l’influence des réseaux sociaux font que les gens sont dans l’angoisse en permanence. L’une des conséquences est que la communication est très violente entre les gens.
Le plus grave est que les gens attribuent les troubles mentaux aux esprits maléfiques et recourent systématiquement aux églises et aux féticheurs, et presque jamais aux institutions spécialisées en neuropsychiatrie. Et pourtant, ces institutions, dotées d’un personnel hautement qualifié, existent et font un travail remarquable, parfois avec des ressources financières et matérielles très limitées.
Parmi les maladies mentales les plus courantes, nous pouvons citer : la dépression ou les troubles dépressifs majeurs, les troubles anxieux, l’épilepsie, la schizophrénie, les troubles bipolaires, les troubles liés à l’usage de substances nocives, les troubles du comportement ou troubles neurocomportementaux, les céphalées psychogènes, etc.
L’autre problème majeur est celui lié à l’accès financier aux traitements psychologiques de longue durée.En fait, il y a nécessité d’une réglementation pour fixer les acteurs, les modes d’intervention, le financement, les responsables, les mécanismes de contrôle et le régime des sanctions. C’est une urgence.
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