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MÉDECINS ET INFIRMIERS CONGOLAIS SONT-ILS EN CONFLIT ?

Par infossanteplus | septembre 16, 2026 | À La Une, Tribune
Photo d'illustration

Tribune d’expression libre de Me Charles OMAMBO LOSEKE, Consultant-Formateur en évaluation des pratiques non éthiques et de corruption.

Déclaration d’amour

J’aime tellement les professionnels de santé que j’ai conçu un hymne des soignants qui célèbre votre travail. Je l’ai dédié à tous les professionnels de santé humaine, animale et végétale du monde entier. C’est une œuvre monumentale et durable.

Bien avant l’hymne chanté en l’honneur des soignants, j’avais consacré un gros livre sur la protection juridique des professionnels de santé en 2020. J’ai ensuite publié de nombreuses tribunes pour défendre les droits des soignants, outre que notre FONDACOL y consacre un volet essentiel de sa mission.

Charles Omambo en train de dispenser une formation aux professionnels de la santé.

Répondons maintenant à la question : existe-t-il un conflit entre Médecins et Infirmiers du Congo ?

Oui. Il existe un profond conflit historique, systémique, structurel, institutionnel et individuel entre Médecins et Infirmiers congolais, dont les causes et les enjeux méritent d’être examinés à un moment ou à un autre, entre les deux corps de métier, en présence d’acteurs neutres.

Comme eux-mêmes le savent pertinemment, lorsqu’un cancer est détecté et soigné tôt, la guérison est possible. Lorsqu’il est méconnu volontairement ou ignoré, il y aura métastase et la guérison deviendra hypothétique. Le conseil qu’ils ne cessent de nous prodiguer, nous leur rappelons : mieux vaut prévenir que guérir. Plus ça dure, plus ça se complique. Surtout, en faisant semblant que le problème n’existe pas, rien ne se résout. Ce conflit, tantôt éclatant, tantôt en sourdine mais bien réel, prend un relief particulier dans la ville de Kinshasa.

Objectif de la présente tribune

Réveiller l’attention de tous les acteurs impliqués afin qu’ils prennent conscience que le conflit entre Médecins et Infirmiers existe. Les solutions doivent être recherchées. Le plus tôt sera le mieux.

Bien que disposant d’une quantité suffisante d’informations sur ce conflit, ce petit cadre ne se prête pas à de grandes analyses. Lorsque l’État créera un cadre légal d’expression pour un dialogue sincère entre les acteurs concernés, je pourrais être invité à donner ma contribution. J’ai l’avantage d’être étranger au secteur de la santé, tout en étant en contact prolongé avec les acteurs, la législation et la doctrine dont je suis l’un des artisans, ayant rédigé des milliers de pages sur le droit sanitaire et les réalités du terrain.

Acteurs indispensables du système de santé

Ces deux corps sont indispensables dans tous les systèmes de santé du monde. Mais ils ne sont pas les seuls acteurs. Les pharmaciens sont indispensables. Les gestionnaires sont indispensables. Les techniciens de tout genre sont indispensables. Les administratifs sont indispensables. Le Gouvernement est le premier responsable indispensable. Les patients sont indispensables : ils sont la raison d’être de tout système de santé, en particulier dans le nôtre où les soins sont vendus. Sans les patients qui achètent les prestations sanitaires, tous ces acteurs sont nuls. Les enseignants qui forment les acteurs de la santé sont indispensables. L’industrie pharmaceutique est indispensable. Les acteurs de la coopération internationale en matière de santé sont indispensables. Le Parlement qui vote le budget est indispensable. La liste est très longue.

Causes profondes du conflit

Quand on entend les médecins parler des infirmiers, ils ont totalement raison. Quand on entend les infirmiers parler des médecins, ils ont totalement raison. Alors chacun a raison, tout dialogue est bloqué. Lorsque chacun se croit plus important, tout dialogue est biaisé. Lorsque chacun rejette la faute sur l’autre, tout dialogue est impossible.

À l’absence d’un dialogue où chaque acteur respecte l’autre, écoute et éprouve de l’empathie, avec une dose d’humilité et de bonne foi, rien de bon ne peut en résulter.

Une des causes profondes de ce conflit entre Médecins et Infirmiers, ce sont les complexes. Et lorsque les complexes guident les paroles et les actions, aucune règle juridique ne peut résoudre le problème. D’autres causes existent.

Ennemis communs

Ces corps vivent en grande partie grâce aux cliniques privées, aux laboratoires, aux imageries médicales et aux pharmacies des particuliers pour compléter les deux bouts du mois.Voilà un des ennemis communs : le manque d’un salaire consistant dans le secteur public afin de maintenir la main-d’œuvre au pays et dans le secteur public. Nous rappelons que les agents de l’État ne peuvent pas servir chez les particuliers. C’est incompatible. Les acteurs y recourent par la force des choses, pour compléter le mois.

L’autre ennemi commun, c’est le système des honoraires. Il entretient la précarisation des malades, maintient le système de vente des soins et engendre des conflits dans la répartition des frais issus de cette vente.

La victime directe : le patient

La victime directe de ce conflit entre Médecins et Infirmiers, c’est le patient. Il est reçu et pris en charge dans un climat où les acteurs impliqués dans les soins sont en conflits et en complexes : méfiances en sourdine, critiques derrière le dos, égos, mépris, rejet de responsabilités. On rançonne le malade.

Les patients, qui pourtant maintiennent le système debout par l’achat des soins, sont victimes de conflits qui ne les concernent pas et contre lesquels ils n’ont aucun pouvoir de contrôle ni de solution.

En tant que défenseurs des malades, nous dénonçons cette situation qui cause de grands torts aux patients.

Propositions

Nous suggérons que l’État congolais organise les États généraux de la santé. C’est non seulement urgent mais indispensable. Il faudrait que les gens se parlent en profondeur, sincèrement. C’est le Congo qui gagne.

Notre gouvernement a montré une grande volonté politique de rehausser notre système de santé. Des résultats palpables sont disponibles. Dans cet élan, nous l’appelons à considérer qu’il est l’arbitre neutre, puissant et dont dépendent tous les acteurs, capable d’écouter les uns et les autres et de trouver des solutions idoines et pérennes.

Les autres pays ont connu les mêmes conflits. Chacun les a résolus à sa manière. Je propose la co-souveraineté, la co-responsabilité et des réformes des concepts de base, notamment la définition qu’on doit donner au Congo du concept de « soins de santé ».

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